Maurice Pialat, l'amour existe

Maurice Pialat, l'amour existe

Anne-Marie Faux, Jean-Pierre Devillers

Pendant toute la fabrication du film, nous avons pensé tout le temps à Sylvie et à Antoine, son fils. Notre liberté était totale. Pendant les dix semaines du montage, elle n'est non seulement jamais intervenue mais elle n'est même jamais venue. Mais nous avions peur tout court, peur tout le temps. Parce qu'il n'était pas question que ce film soit une hagiographie de Maurice Pialat. Et il n'était pas question non plus d'insister une fois de plus sur la légende noire et balisée de l'artiste caractériel. Il fallait construire notre film sur cette voie étroite, et ce sont les films de Pialat qui ont imposé la façon dont notre documentaire s'est construit. C'est notre rencontre avec les films qui a tout déterminé, et qui nous a embarqués loin de l'hagiographie et des clichés. Nous avons été sidérés quand nous nous sommes aperçus que les phrases que prononçait Maurice Pialat dans la vie se retrouvaient telles quelles dans tous ses films, à la virgule près et de façon chronologique, jusqu'au Garçu. La chronologie de ses films recoupe parfaitement la chronologie de son existence. Ses propos et ses films constituent naturellement une continuité narrative, et nous avons construit une continuité sonore où tout s'enchaînait, où tout coulait de source. Cet enchaînement a constitué le grand plaisir du montage. Du coup, même les témoignages de ses amis de jeunesse devenaient redondants par rapport aux films, d'où le parti-pris de se contenter de la voix off pour les témoignages. Finalement, ce film est un véritable autoportrait de Maurice Pialat, un autoportrait alors qu'il n'est plus là. Puisque de L'Enfance nue au Garçu, on le voit grandir en même temps que ses films.