Mardi 1er juillet

Lorsque vous pénétrez dans son intimité, au cœur des quartiers populaires de Paris, elle vous convainc par sa simplicité. Cette petite beauté orientale vous ouvre sa porte, les cheveux défaits, blottie dans son chandail et vous offre un café. Dès lors, le tutoiement s'envisage mais l'on n'ose. Elle est taciturne par pudeur et c'est bien là le signe qu'elle a tout d'une grande. Son cinéma se veut brut, sans concession, à l'image de ceux qui ont vécu trop vite les fractures du monde. Roland Barthes dirait que Danielle privilégie le chemin de la culture à celui de la méthode, ne sacrifiant pour rien au monde son intuition. Elle avance par dispersion entre essais, documentaires et fictions sans jamais perdre le fil. A l'image de la belle Catherine Rouvel, le dos nu, serrant la vie sur l'affiche du Déjeuner sur l'herbe de Jean Renoir qui habille le fond de son couloir. Son film préféré, ditelle. Ca tombe bien, nous aussi.

Dorothy Malherbe, Mathieu Delorme

Entretien avec Serge Bromberg (Retour de flamme, Lobster films)

Vous êtes à la fois un chef d'entreprise, et une sorte de gardien et de restaurateur du passé ; comment faites-vous ?
Vous savez quoi ? Je fais encore quatre ou cinq choses différentes. La réalité c'est que le monde est divers et que, effectivement pour faire voguer un bateau il faut qu'il y ait eu un constructeur de bateau il faut qu'il y ait un mécanicien dans la soute en train de mettre le charbon dans le moteur, faut qu'il y ait un capitaine au sommet en train de donner le cap et il faut qu'il y ait des passagers sinon ca servirait à rien de faire voguer le bateau. Mais j'aurais tendance à dire pour simplifier la réponse que l'importance c'est de garder en tête là où l'on veut aller, de garder ses objectifs.

Quel lien personnel faites-vous entre le festival d'animation d'Annecy, auquel vous participez, et celui de La Rochelle ?
La réalité c'est que ces deux festivals ont un certain nombre de caractéristiques communes, même si le festival d'Annecy est compétitif, même si c'est un festival qui fait ses 120 000 entrées. Fondamentalement ce sont des festivals qui ont su rester petits, et dans ce type de manifestation ce qui compte c'est la convivialité, le fait de faire des projets ensemble; en gros ce sont des rencontres d'hommes entre les hommes. C'est le propre de La Rochelle et je pense que c'est aussi l'une des grandes caractéristiques du festival d'Annecy. Moi je viens à La Rochelle sans même demander ce qu'on va y voir, c'est ça qui est formidable.

Quelle est, pour vous, la part de la musique dans la revalorisation des vieux films ? Dans quelle mesure cela permet-il de recréer une relation entre ces films et le public actuel ?
Oh là là...c'est une très bonne question. La réalité c'est que la musique peut construire ou détruire un film. Une mauvaise musique va vous flinguer un film et vous rendre l'expérience pénible. Ce n'est pas le cas ici à La Rochelle, et ce n'est pas le cas des gens qui connaissent le cinéma bien et qui l'aiment, mais certains musiciens en font un peu beaucoup. Dans ma conception je pense qu'il doit y avoir forcément une osmose entre le film - ou en tout cas un regard, un dialogue - et la musique. Moi, je suis un pianiste d'improvisation, c'est à dire que je ne compose pas et quand le public n'est pas au rendez-vous, je suis à la rue total. Je joue les films comme je les vis et comme le spectateur les vit. Donc quelque part, oui, la musique est un vecteur. Elle est, aujourd'hui, probablement, l'ingrédient le plus vivant d'un spectacle où les films sont un peu endormis même cela peut aussi se retourner contre eux.

Y a-t-il d'autre personnes en Europe qui font le même travail que vous ?
Il y a une personne aux Etats-Unis qui fait la même chose. Il s'appelle David Sheppard et a une collection qui se nomme Black Oak, créée en 1927,c'est probablement la seule personne qui travaille réellement sur ce modèle là. Maintenant toutes les cinémathèques d'aujourd'hui restaurent des films mais ce n'est pas la même chose, la passion n'est pas vraiment là.

entretien réalisé par Aliénor Ballangé